LES DÉRIVES DE CERTAINES ENTREPRISES RECOURANT À DES STAGIAIRES EN FORMATION
Question orale - Parlement wallon - Emploi - 06/02/2012 - Muriel Targnion
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QUESTION ORALE
DE MME TARGNION À M. ANTOINE,
MINISTRE DU BUDGET, DES FINANCES,
DE L'EMPLOI, DE LA FORMATION ET DES
SPORTS,
SUR
« LES DÉRIVES DE CERTAINES
ENTREPRISES RECOURANT À DES
STAGIAIRES EN FORMATION »
QUESTION ORALE
DE MME TARGNION À M. ANTOINE,
MINISTRE DU BUDGET, DES FINANCES, DE
L'EMPLOI, DE LA FORMATION ET DES
SPORTS,
SUR
«
LA PARTICIPATION FINANCIÈRE DES
ENTREPRISES À LA FORMATION DES
STAGIAIRES QUAND CEUX-CI GÉNÈRENT
UNE PLUS-VALUE COMMERCIALE POUR
L'ENTREPRISE »
Madame la Présidente,
Monsieur le Ministre, chers collègues, c'est tout à
fait logique puisque, effectivement, les questions se
rapportent plus ou moins au même thème.
Dans l'ensemble des formations extrêmement
variées qu'offre le Forem, la plupart du temps, des
stagiaires ont à cette occasion l'opportunité de
prester des stages en entreprise. C'est bien
évidemment, pour des personnes qui parfois n'ont
plus été en contact direct avec le travail sur le terrain
depuis longtemps une véritable opportunité leur
permettant de reprendre contact avec la vie réelle,
d'avoir des collègues, des horaires précis, et cætera.
C'est évidemment pour les entreprises, dans bien
des cas, je le précise, un travail supplémentaire,
puisqu'il y a un devoir de tutorat et de formation à
exercer auprès de ces stagiaires.
Vous le savez, le comité subrégional de Verviers
organise depuis quelques mois avec tout un groupe
de stagiaires, une réflexion sur les problématiques
liées aux stagiaires qui font des formations.
Régulièrement, des politiques de la région sont
invités pour les écouter. En général, c'est moi-même
ou M. Elsen qui sommes présents à ces réunions.
Sont présents à ces réunions, différents directeurs
de l'ESP, des représentants du Forem, des syndicats
et cætera. La dernière fois, ils m'ont fait part d'une
problématique vraiment réelle, à savoir que
notamment, et surtout dans le domaine de
l'HORECA, on demande régulièrement le bénéfice
de ces stagiaires sans qu'il y ait vraiment un travail
de tutorat ou de formation dans ce domaine. Ces
stagiaires sont donc plutôt utilisés comme personnel
d'appoint. Dans de nombreux cas, il n'y a même
presque plus que des stagiaires présents pour aider
le patron, se voyant ainsi réduits à une plus-valuecommerciale puisque c'est du personnel qui est là
gratis.
Je me doute que vous ayez connaissance de telles
pratiques, mais je me demande si, comme on me l'a
dit à Verviers, elle est généralisée. Est-ce propre à
ce secteur
? Existe-t-il des études qui permettent de
confirmer ces chiffres
? Y a-t-il un contrôle par
rapport à cela
?
Ma deuxième question va un peu dans le même
sens. Je vous avais demandé, au mois de juillet
dernier je pense, votre position sur une valorisation
possible des primes allouées aux stagiaires
effectuant ces formations.
Je vous avais proposé de faire en sorte que les
entreprises paient une partie du stage, vu que la
région n'a effectivement pas des moyens financiers
supplémentaires à affecter à ce domaine. Les
entreprises paieraient un euro de l'heure, doublant
ainsi le montant pour le stagiaire. Vous m'aviez dit
que ce n'était pas évident, qu'il fallait étudier la
question.
Je me dis qu'il y a toute une série d'entreprises, et
notamment les OISP, les communes, et cætera, qui
accueillent ces stagiaires et là, il y a un réel travail
de tutorat et de formation. Mais quid dans
l'HORECA
? Je pense surtout aussi au secteur du
bâtiment, où, après quelques conseils, le stagiaire
devient très vite la petite main d' uvre qui peut
servir et aider l'ouvrier qualifié à faire toute une
série de travaux.
Cela devient une réelle plus-value pour ces
entreprises, du personnel qui est là à titre gratuit et
qui permet d'aller plus vite dans le travail, de rendre
des prix plus intéressants. Cela crée une vraie
concurrence entre ces entreprises, ces restaurants,
ces brasseries, et d'autres qui occupent de vrais
travailleurs.
Je pense aussi que ce n'est pas normal par rapport
à la création d'emplois que d'utiliser des travailleurs
dans ce contexte.
Je me demande s'il n'y aurait pas moyen de
différencier les entreprises pour lesquelles les
stagiaires apportent une plus-value et les entreprises
pour lesquelles il n'y a pas de plus-value
commerciale. Et donc, pour les entreprises pour
lesquelles l'apport de stagiaires constituerait une
plus-value commerciale, un léger coût serait à payer
pour ces derniers, leur permettant ainsi d'avoir une
augmentation de la prime pour leur formation.
Je vous remercie pour vos réponses.
Réponse
Je
remercie Mme Targnion parce que le sujet n'est pas
simple. D'emblée, avant d'aborder la réponse qui m'a
été préparée ce week-end, je dirais que je n'exclu
pas les situations que vous avez décrites. Mais à
l'inverse, reconnaissons qu'aujourd'hui, nous avons
aussi beaucoup de mal à trouver des entreprises qui
acceptent des stagiaires et que le nombre d'apprentis
à l'IFAPME diminue. Non pas pour la raison
évoquée mais essentiellement parce que et c'est
pour cela que je veux mener cette croisade les
parents et le jeune n'ont malheureusement pas la
garantie d'avoir une certification ou un diplôme qui
leur permette de progresser à la suite.
Donc, c'est à ce point vrai, Madame Targnion,
que pas plus tard que vendredi, j'ai travaillé
pendant pratiquement cinq heures avec la direction
de l'IFAPME -, nous allons devoir mettre sur pied
un groupe de «
scouting
» pour trouver des
entreprises et des indépendants qui acceptent soit
une formation en apprentissage, soit une formation
en alternance, soit encore avec le Forem pour
relancer les plans Formation-Insertion-Emploi.
Il y a, et j'en conviens peut-être dans le secteur
HORECA, vous l'avez mentionné, je vous en laisse
la responsabilité, je ne connais pas suffisamment la
région de Verviers, mais cela n'est pas impossible
par rapport à des témoignages qui me sont par
ailleurs parvenus l'un ou l'autre employeur qui
trouve là les modalités d'une main d' uvre à bon
marché. Reconnaissons aussi qu'à l'inverse, il y a un
coût pour les entreprises qui veulent former
réellement des jeunes, parce qu'elles doivent
mobiliser des brigadiers ou des techniciens ou de la
main-d' uvre qualifiée qu'elles doivent soustraire à
la production pour permettre l'accompagnement, la
formation, j'allais dire la correction de ces jeunes.
Un des problèmes que nous avons, et j'en termine
avec l'IFAPME, n'est pas le résultat final. Celui qui
arrive au bout, je peux vous assurer et je connais
bien le centre de Verviers, on a atteint des taux de
satisfaction, où dans les six mois, qui sont de l'ordre
du 100
%. Pour moi, cette formule Formation-
Emploi est essentielle, mais à l'inverse, l'abandon est
important. L'abandon, c'est le nombre de personnes
qui finalement renoncent, et pas pour des raisons
financières, mais qui considèrent que l'emploi, son
environnement, l'entourage, le contenu ne
coïncident pas avec ce qu'ils espéraient ou ce qu'on
leur avait dit. D'où la démarche, et la question
fondamentale de Mme Kapompolé sur les essais
métiers, pour au moins les éveiller à la réalité.
Maintenant, il ne faut pas s'en cacher, certains
métiers ne sont pas simples. L'HORECA ou la
construction sont des métiers relativement pénibles.
Les uns par la durée en soirée ou les horaires
coupés, et les autres même s'il y a eu de larges
progrès dans la manutention des matériaux parles conditions climatiques, les obligations de
rendement, l'environnement qui est parfois « un peu
mâle » dans les échanges avec les plus jeunes ou
avec les personnes en alternance.
Je pense que nous devons, vous et moi, avec les
opérateurs concernés, trouver le juste milieu, en
rappelant quand même, chère collègue, qu'en
Région wallonne, toute action de formation et
d'insertion destinée à des demandeurs d'emploi est
totalement gratuite pour le bénéficiaire. C'est
important, et je le défends. Ce principe de gratuité,
nous l'avons réaffirmé dans le projet de décret relatif
au Forem qui vous viendra. Il n'est pas question
d'avoir une démarche mercantile. Vous me direz
:
«
Il ne manquerait plus cela
!
». Mais attention, toute
une série de formations sont payantes.
Au-delà de cet accès gratuit, le demandeur
d'emploi reçoit une prime d'encouragement que vous
avez mentionnée, d'un euro par heure de
participation. Ce qui vaut à peu près à 140 euros
pour un module de formation. Et, en plus, d'une
intervention forfaitaire dans ses frais de crèche ou
de garderie, il bénéficie également d'un
remboursement des frais de déplacements calculés
sur les tarifs de la SNCB.
Par ailleurs, le contrat de formation
professionnelle prévoyant ces avantages permet aux
demandeurs d'emploi, bien évidemment, de
continuer à percevoir les allocations de chômage et
de bénéficier, au passage, d'une dispense de
l'obligation de disponibilité sur le marché de
l'emploi.
Globalement, le défraiement des personnes en
formation ne devrait, en principe, occasionner
aucune difficulté d'ordre financier qui soit
exclusivement liée j'insiste bien à leur
participation à l'action. Si tel est le cas, en pratique,
par exemple, on a eu quelques connaissances où on
faisait acheter du matériel par le jeune. Là,
évidemment, il ne doit pas hésiter à solliciter une
réaction de l'opérateur de formation ou de son
conseiller référent du Forem puisque cela fait partie
de la formation qui lui est dispensée.
La valorisation des avantages financiers, question
que vous abordez, entraînerait-elle c'est cela la
question une réduction du risque de formation et
une augmentation du niveau de celle-ci
? C'est cela
la question que nous devons aborder.
Rappelons que la motivation pour entrer en
formation et pour y rester ne doit pas être
uniquement financière. C'est évidemment la
perspective de pouvoir se réinsérer dans le marché
de l'emploi, de pouvoir s'y épanouir et y trouver une
situation professionnelle beaucoup plus enviable.
Le suivi, l'orientation, l'accompagnement, le
screening de la personne, c'est évidemment
fondamental. Joint aux essais-métiers, je pense que
les efforts que nous avons déployés dans le cadre de
l'approche personnalisée, devraient nous permettre
de mieux identifier la motivation des candidats.
Ceci dit, dans le contexte budgétaire actuel, et on
revient toujours à la même circonstance, je ne peux
pas faire saigner une pierre deux ou trois fois.
Regardez, tout à l'heure...
(Réaction de Mme la Présidente)
Même déjà une fois.
On nous demande la statutarisation au Forem. On
nous demande l'indexation des opérateurs. On nous
demande des recrutements complémentaires dans le
personnel de l'accompagnement personnalisé. On
nous demande de défrayer les tuteurs dans les
entreprises qui dispensent le savoir. Les entreprises
revendiquent davantage eu égard aux heures qu'elles
consacrent. C'était d'ailleurs une demande de M.
Stoffels tout à l'heure. On nous demande maintenant
de défrayer le demandeur d'emploi.
Franchement, je suis prêt à tout et je le dis
toujours avec infiniment de respect. J'ai envie que
les partenaires sociaux viennent un peu hiérarchiser
leur demande. Si, à un moment donné et je
comprends, rassurez-vous, que vous en soyez
l'interprète avec beaucoup de retenue du reste -,
budgétairement, j'ai envie de dire qu'on ne peut plus
s'en sortir... Ceci dit, j'accepte volontiers le débat,
mais dans les conditions que je viens d'indiquer. Il
faudra qu'il y ait une discussion avec les partenaires
sociaux, classes moyennes, patronat et travailleurs,
en insistant bien sur le fait qu'il s'agit toujours
quand je parlais de travailleurs de stagiaires en
formation. Il ne peut pas s'agir, sinon on va briser la
formule, en tout cas son attractivité, de considérer
qu'il s'agit là de travailleurs, ce qui suppose une
rémunération. Non, c'est une opération de formation
qui peut justifier on peut en débattre des
défraiements qui soient peut-être plus équitables en
la matière, peut-être aussi peut-on l'envisager par
rapport à la durée des stages en entreprise.
Ceci dit, regardez l'intérêt du plan Formation-
Insertion-Emploi, où l'employeur est obligé
d'engager la personne pour une durée équivalente à
sa formation. Là, lorsque le stagiaire devient salarié,
collaborateur, il a un salaire complet selon les
normes en vigueur dans les différentes commissions
paritaires. C'est déjà une première réponse dans le
plan Formation-Insertion-Emploi.
Voilà ce que je voulais vous dire en la matière.
J'espère vraiment que nous allons pouvoir, dans
les prochains mois, trouver un consensus sur la
valorisation et la promotion de l'alternance qui
passera d'une part, par des entreprises qui vontouvrir leurs portes à cette formule, par un
investissement de leur cadre et, d'autre part, par un
nombre accrû de demandeurs d'emploi ou de jeunes
qui en acceptent la formule. Je mesure bien que le
n ud sera en partie le défraiement que l'on donne.
Ceci dit, je veux que chacun apprécie l'effort que
la collectivité déploie puisque j'insiste bien
nous offrons la formation. Je pense que cela doit
quand même aussi s'accompagner d'un effort de
l'individu parce que, si nous n'agissions pas de la
sorte, deux réflexions s'imposeraient
: qu'en est-il
alors de celles et ceux qui doivent suivre des études
universitaires ou supérieures ou qui doivent suivre
des formations continues qui sont elles parfois
payantes par rapport à un autre jeune qui, à un autre
niveau, reçoit une formation complètement gratuite
en la matière
? J'accepte le débat et cela me
permettra de m'appuyer sur vous passez-moi
cette expression pour avoir le débat avec les
partenaires sociaux parce qu'ils n'ont toujours pas
clarifié leur position en la matière.
M. le Président. La parole est à Mme Targnion.
Mme Targnion (PS). Je comprends vraiment
votre réponse, Monsieur le Ministre.
C'est vrai que moi, je dois bien avouer que je n'ai
dans cette matière que l'angle de cette vingtaine de
stagiaires que je rencontre à cette occasion, des gens
qui les accompagnent dans leur formation et des
personnes liées aux syndicats, aux OISP de la
région, et cætera, qui sont présents pour écouter
aussi leur vécu.
Maintenant, je rencontre aussi régulièrement les
personnes de l'IFAPME parce que j'ai de bons
contacts avec eux. C'est vrai qu'elles m'ont exprimé,
tout comme à vous, leur difficulté de trouver des
entreprises pour les personnes qui en ont besoin
dans leur formation.
Par contre, c'est vrai que là où je rencontre les
stagiaires, je ne les ai jamais entendus, ils n'ont
jamais exprimé cette difficulté-là. C'est peut-être lié
à Verviers, je ne sais pas. Autant l'IFAPME me dit
qu'elle a ce problème, autant c'est vrai que là, au
Comité sud où on rencontre les stagiaires, par
rapport à l'ensemble des difficultés qu'ils nous ont
présentées, la difficulté de trouver une entreprise
pour faire un stage n'a pas l'air d'être importante.
Je pense aussi que c'est un public différent entre
les formations de l'IFAPME et les stagiaires ici qui
bénéficient des formations du Forem. Ce sont
souvent des personnes, ce sont rarement des jeunes,
ce sont plutôt des gens de mon âge...
M. Antoine, Ministre du Budget, des Finances,
de l'Emploi, de la Formation et des Sports. Pensez
un peu aux vieux comme moi.
Mme Targnion (PS). Qui ont parfois eu un
vécu extrêmement difficile dans les années
précédentes, avec parfois très peu d'années où ils ont
travaillé, avec souvent des problèmes familiaux ou
autres qui ne leur ont pas permis de rentrer dans le
milieu du travail.
Par rapport à l'IFAPME, le taux de personnes
dans ces formations, qui ont un emploi après, est
loin d'être équivalent à 100
%. Ce sont même plutôt
des formations, ces stagiaires en formation Forem
sont même plutôt juste prêts à commencer une autre
formation qualifiante après. C'est même rarement
pour eux une perspective d'avoir un emploi à la fin
de la formation du Forem. C'est pour cela que je
trouve que c'est un minimum qu'elles soient
gratuites et que je les différentie des formations
universitaires pour un étudiant ou des formations de
l'IFAPME ou de toute autre formation.
Je suis contente que l'on ouvre le débat, que
plusieurs de mes collègues l'aient ouvert.
Effectivement, les organisations syndicales
pourraient se positionner par rapport à cela parce
que...
M. Antoine, Ministre du Budget, des Finances,
de l'Emploi, de la Formation et des Sports. Notre
commission, si je puis me permettre, est le reflet de
revendications multiples. Si je faisais l'inventaire
aujourd'hui, pardonnez-moi, selon les groupes et
même parfois dans les mêmes groupes, de l'addition
de toutes les revendications, je pense que l'on aurait
quelques difficultés.
Vraiment, il faut trouver un mode de
hiérarchisation des dépenses.
Je le dis pour moi parce que je n'ai aucune
certitude.
Mme Targnion (PS). J'ai effectivement
entendu M. Stoffels parler de défrayer les tuteurs.
D'un autre côté, parfois, j'ai l'impression, même si
c'est vrai que je ne fais pas partie d'habitude de cette
commission, je n'entends pas spécialement...
M. Antoine, Ministre du Budget, des Finances,
de l'Emploi, de la Formation et des Sports. Une
fois que l'on y vient, on y reste.
Mme Targnion (PS). ... ce débat, mais j'ai
parfois l'impression qu'il y a vous et certains
membres de cette commission qui ont l'écho de la
direction du Forem, qui ont la théorie en mains et
puis il y a les gens vraiment du terrain qui nous
offrent un autre écho et qui sont témoins de
situations certainement plus ponctuelles et qui ne
font pas partie de la généralité.
C'est peut-être pour cela qu'il faudrait faire la partdes choses, mais en tout cas, cela vaudrait la peine
d'étudier plus profondément la question.




