Identité wallonne ? Christophe Collignon prend part au débat
Suite à la grande réflexion sur l'identité wallonne lancée par Rudy Demotte il y a quelques jours, le Député Christophe Collignon est intervenu dans le débat pour affirmer le caractère identitaire wallon.
Intervention de Christophe Collignon
Le 15 octobre prochain, la Région wallonne fêtera son trentième anniversaire. En 30 ans, notre Région a bien changé et elle a maintenant entamé son redressement économique.
Car, Monsieur le Ministre-Président, si la Wallonie s’est arrachée à la spirale du déclin, c’est grâce à la régionalisation et grâce à la maîtrise de nombreux leviers essentiels. Cependant, soulignez-vous, il nous manque toujours un projet identitaire unificateur et mobilisateur, un projet qui soutienne une conscience collective wallonne décomplexée.
Et vous saisissez cette occasion du jubilaire afin de lancer une grande réflexion sur l’identité wallonne.
Ce thème de l’identité refait surface de manière récurrente dans le cénacle wallon. De plus en plus souvent par la petite porte ou par des voies, ma foi, assez périphériques.
Car est-ce bien sérieux ? Est-ce bien sérieux de consacrer du temps à ce sujet ? Il y a manifestement aujourd’hui plus important pour une opposition qui joue son rôle et qui, stigmatisant la déglingue wallonne, en appelle pourtant à « susciter la création d’une union de tous pour le salut de notre région ».
Là, je vous rejoins, Monsieur Kubla. Qu’est-ce qui a le plus manqué au Contrat d’Avenir ? Une adhésion populaire. Qu’est-ce qui manque aujourd’hui au Plan Marshall ? Cette même adhésion populaire.
Voilà bien la question. Pourquoi la Wallonie, orpheline d’identité et de fierté, peine-t-elle, à entraîner l’adhésion des Wallons et cela, alors qu’elle a une histoire, un territoire et une légitimité électorale ?
Il y a, bien sûr, la francophonie et le voisinage immédiat d’une grande nation dont la culture a nourri des générations de Wallons.
Il y a, aussi, le fait que les Wallons n’ont plus de presse d’opinion, pas de radio ou de télévision à sensibilité régionale et qu’ils n’ont pas la maîtrise de leur histoire et de son enseignement.
Il y a, je le regrette, le fait que les francophones et les Wallons eux-mêmes oscillent constamment entre négation et indifférence en ce qui concerne l’identité wallonne. On a parfois l’impression que, pour certains francophones, glisser le mot wallon dans un texte élégant lui ferait, à coup sûr, perdre toute finesse intellectuelle.
Il y a, et c'est particulièrement déplorable, le propos désobligeant de certains éditorialistes qui associent Wallonie à médiocrité chronique.
Cela dit, Monsieur le Ministre-Président, nous devons hélas bien reconnaître que les précédentes tentatives de développer une identité wallonne n’ont pas comblé cette faiblesse historique.
J'entends bien certains s'exprimer pour qui il n'y aurait tout simplement pas d’identité wallonne. Mais cela signifierait-il ipso facto qu'un débat sur le sujet n’a aucune raison d’être ?
Car à l’heure où la maison-Belgique – à laquelle soit dit-en passant une grande majorité de Wallons demeurent très attachés – a maille à partir avec des discussions institutionnelles, je pense pour ma part que galvaniser les énergies au service d’un projet collectif wallon mobilisateur a toute sa pertinence.
J'ai bien conscience que nous vivons à l’heure de l’Europe. Les Etats-nations existent encore ; et ils s’affirment même et c'est une excellente chose d'ailleurs. Mais, à l’intérieur de ces Etats-nations, nous voyons l’affirmation d’identités régionales, qui entendent faire valoir leur patrimoine, leur langue, leur culture.
Aussi, Monsieur le Ministre-Président, pour ma part, je pense que s’il n’y avait pas d’identité wallonne, nous aurions la responsabilité de la créer et s’il existe des éléments constitutifs d’un sentiment collectif d’appartenance, nous avons le devoir des les fédérer pour permettre l’expression d’une conscience wallonne partagée, décomplexée et ouverte. Je veux donc saluer votre initiative comme je salue votre volonté de vouloir parler désormais de la Wallonie, plutôt que de la Région wallonne.
Je voudrais souligner combien, n'en déplaise à certains esprits chagrins, cette réflexion est moderne. Et il est pour moi particulièrement indispensable et pertinent de sensibiliser, regrouper et unifier les Wallons dans un projet commun. Car si vous avez une fierté d’appartenance, vous êtes meilleurs, culturellement et économiquement, tout simplement.
Je pense également que le moment est opportun. Nous avons un projet économique mobilisateur avec le Plan Marshall 2.Vert mais celui-ci ne suscite pas l'engouement des citoyens.
C'était déjà une des faiblesse épinglée du Plan Marshall que ce manque d'engouement des wallons. La deuxième faiblesse, pour ma part, de ce programme économique était le manque de maîtrise des institutions régionales en matière d'enseignement.
Pour la première faiblesse, je pense que la conjugaison des efforts de tous à un objectif collectif sera nécessaire pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.
Mais il y a plus que cela. Je vois, dans votre initiative de création d'une devise pour la Wallonie, de clarifier notre visibilité institutionnelle autour d’un coq hardi qui nous identifie aux yeux de tous et dans votre volonté de mieux consacrer Namur comme capitale wallonne, des témoignages d'une volonté et d'un symbole fort d’une identité.
Pour le redéploiement de la Wallonie, vous vous êtes appuyé sur une vision et un plan d'avenir, le plan Marshall 2.Vert. Maintenant le moment est opportun afin de mener un débat sur l'identité wallonne.
Car si l’identité wallonne est sans doute moins développée qu’en Flandre, sa mise en place pourrait générer un impact mobilisateur.
Je pense pour ma part modestement que l’identité wallonne est en train de se créer. Les choses, selon moi, vont évoluer avec le temps. Car c’est l’habitude de vivre ensemble, sur un même territoire, sous un même gouvernement, qui peut créer, non pas une Nation, mais le fait de se sentir de quelque part.
Je ne peux également que saluer votre souhait de voir apparaître le terme « Wallonie » dans un texte législatif. Car plutôt que de mettre l'accent sur le fait que la Région wallonne est une partie d’un tout, ce changement permettra à mon sens de donner à celle-ci une identité plus forte.
Monsieur le Ministre-Président, nous ne devons pas être gênés d’être wallon. Au moment même où il est de bon ton, chez certains, de couvrir de quolibets les Wallons, je trouve légitime d’encourager un sursaut de fierté pour défendre sa région. C’est même une nécessité. Car les gens sans fierté n’avancent pas et ne progressent pas.
Aussi, Monsieur le Ministre-Président, vous l'aurez compris, je salue l'accentuation de votre profil wallon. De même que votre volonté de susciter un débat sur le sujet afin de dégager un programme mobilisateur qui soutienne une conscience collective décomplexée.
Cette conscience collective qui est, pour ma part, indispensable au redéploiement économique.
Sans qu’on puisse me taxer ici de passéisme, je voudrais rappeler que le présent et l’avenir de la Wallonie ont un impérieux besoin de mémoire et de récit. Au nom de ceux qui ont un jour inscrit le régionalisme et la Wallonie dans l’histoire : les Renard, les Yerna, les Terwagne, les Merlot, les Perrin et les Cools.
Au nom de ceux qui firent qu’on put parler d’identité wallonne au plein cœur de la Suède quand Louis de Geer et Guillaume de Bèche industrialisaient ce pays, tandis que Jean Curtius implantait la métallurgie en Espagne.
Au nom de nos ingénieurs qui, durant tout le 19ème siècle, furent en Russie, en Chine, au Maroc, au Siam, au Venezuela, au Chili et au Congo.
Monsieur le Ministre-Président, vous nous invitez à poursuivre ce récit, cette histoire de la Wallonie.
Pour ma part, cette année peut être l’année idéale pour envisager cette question, en dehors de toute échéance électorale immédiate.
Cela s’inscrit parfaitement dans la continuation de ce qui avait été initié par notre assemblée en juillet 2008 et qui avait abouti à une résolution sur l’affirmation des trois régions.
Aussi, Monsieur le Ministre-Président, qu'en est-il du contenu de la note au Gouvernement sur le sujet? Quelles modalités prévoyez-vous afin de mettre en place la réflexion sur le sujet ? Outre les pistes abordées dans la presse, quelles autres réflexions préconisez-vous sur cette thématique?
Je suis, pour ma part, partisan d'une large concertation avec la société wallonne sur le sujet. Et à tout le moins, je souhaite vivement une association étroite de notre Parlement sur la réflexion à mener sur cette thématique essentielle.
Notre assemblée me semble, en effet, être l’endroit idéal pour initier le grand débat sur l’identité wallonne que vous souhaitez.
Je vous remercie d'avance pour les éléments de réponse que vous voudrez bien m'apporter.


