Adapter la Wallonie au changement climatique
L’été 2026 a laissé des traces. Trois vagues de chaleur entre le 18 juin et le 16 août, une surmortalité inédite en Belgique depuis que Sciensano en tient le compte — près de 2.935 décès excédentaires, dont plus d’un millier pour la seule première vague, en Wallonie. Un incendie sans précédent dans les Hautes-Fagnes, 3.300 hectares de tourbières et de forêts parmi les plus précieuses d’Europe partis en fumée. Une sécheresse persistante. Et, en filigrane, la même question : combien de fois encore ?
Cet été nous a rappelé avec brutalité que le dérèglement climatique n’est plus un horizon lointain. Il transforme déjà nos villes, nos logements, nos services publics, nos infrastructures, notre manière d’habiter la Wallonie. Il touche d’abord celles et ceux qui ont le moins de moyens de s’en protéger : une personne âgée isolée au dernier étage d’un appartement exposé, un enfant qui attend le bus sous 35 degrés, un travailleur qui n’a pas le choix de son trajet, un locataire qui ne peut pas modifier son logement. Le climat qui change n’est pas un sujet d’experts : c’est un enjeu de vie quotidienne, et c’est un enjeu de justice.
Face à ce constat, le Groupe PS a déposé huit textes, examinés cette semaine dans trois commissions du Parlement de Wallonie. Ces textes ne sont pas une salve ponctuelle : ils forment un plan cohérent d’adaptation, conçu pour couvrir tous les champs de la vie quotidienne où le climat impose de changer nos façons de faire. Protection des personnes vulnérables. Adaptation du logement, public comme privé. Verdissement des espaces urbanisés. Résilience des parcs d’activités économiques. Confort des transports en commun. Accès à l’eau dans les infrastructures sportives. Chaque texte traite un versant du même défi.
Ce document a un but simple : vous donner, en amont des travaux parlementaires, une lecture d’ensemble du dispositif proposé, le détail texte par texte, et l’esprit dans lequel le Groupe PS entend porter ces travaux.
Un plan, huit textes, trois commissions
La cohérence de la démarche tient dans un principe : l’adaptation au changement climatique ne peut pas être morcelée. Elle concerne à la fois les personnes, les bâtiments, les espaces publics, la mobilité et l’accès aux services essentiels. La traiter de manière transversale n’est pas un choix de méthode : c’est une nécessité posée par la nature même du problème.
Les huit textes épousent cette logique. Quatre d’entre eux sont des propositions de décret — des textes qui, s’ils étaient adoptés, créeraient une obligation réglementaire : plan communal canicule dans chaque commune wallonne, résilience climatique des parcs d’activités économiques, végétalisation des espaces urbanisés, accès gratuit à l’eau potable dans les infrastructures sportives subsidiées. Les quatre autres appellent le Gouvernement wallon à agir sur les transports en commun, le logement public, le logement privé, et l’accompagnement des ménages modestes face aux fortes chaleurs.
Pris ensemble, ces huit textes dessinent une stratégie complète — celle qui a manqué jusqu’ici. Le Gouvernement wallon a lui-même adopté, fin août, une première Stratégie wallonne d’adaptation aux changements climatiques, avec une vingtaine de mesures prioritaires annoncées d’ici la fin de l’année. Les textes déposés par le Groupe PS peuvent contribuer directement à en préciser le contenu.
Le déroulé de la semaine parlementaire
Pouvoir locaux – aménagement du terroir – mobilité – pouvoir locaux — Ministre François Desquesnes (Doc 626, 651, 652, 653)
Quatre textes portés dans cette commission, chacun sur un versant différent de l’adaptation.
La proposition de décret sur le plan communal canicule (Doc 626) impose à chaque commune wallonne de se doter d’un plan structuré : repérage des personnes vulnérables, cartographie des lieux frais accessibles, protocoles de contact préventif pour les personnes isolées, information de la population. C’est le premier maillon d’une politique canicule : la commune, qui est en première ligne, doit disposer d’outils uniformes et d’un cadre clair.
La proposition de décret sur les parcs d’activités économiques (Doc 651) inscrit la résilience climatique au cœur de leur développement : gestion des eaux pluviales, ombrage, matériaux, verdissement. Les zones d’activité concentrent des surfaces imperméabilisées et des îlots de chaleur intenses — les adapter, c’est protéger à la fois les travailleurs, les entreprises et les communes environnantes.
La proposition de décret sur la végétalisation des espaces urbanisés (Doc 653) modifie le Code du Développement territorial pour imposer davantage de nature dans les projets d’aménagement : arbres, ombre, désimperméabilisation, espaces verts. Quelques arbres, une pelouse, un point d’eau peuvent faire baisser de plusieurs degrés la température ressentie. C’est du bon sens écologique, et c’est aussi une politique de qualité de vie.
La proposition sur le Plan Canicule pour le Groupe LeTEC (Doc 652) demande un plan structuré pour les transports en commun : davantage de bus climatisés en priorité sur les lignes fréquentées, plus d’ombre aux arrêts, points d’eau dans les pôles principaux, meilleure information des voyageurs en cas de perturbations. Prendre le bus ne devrait pas devenir une épreuve dès que le thermomètre grimpe.
Commission du Sport — Ministre Jacqueline Galant (Doc 631)
La proposition de décret sur l’accès gratuit à l’eau potable dans les infrastructures sportives subsidiées (Doc 631) part d’un principe simple : quand on fait du sport, en particulier par forte chaleur, s’hydrater ne doit pas dépendre d’un porte-monnaie. Enfants en stage, sportifs amateurs, compétiteurs : chacun doit pouvoir remplir sa gourde librement. Le texte introduit cette exigence progressive dans les conditions de subsidiation.
Commission de l’Énergie, du Logement et des Aéroports — Ministre Cécile Neven (Doc 629, 630, 632)
Trois textes, tous consacrés à l’adaptation du bâti et des ménages face aux fortes chaleurs. C’est ici que la dimension sociale est la plus directe — et c’est pourquoi le Groupe PS souhaite y attirer particulièrement l’attention.
La proposition sur l’adaptation du logement public wallon aux canicules (Doc 629) part d’un constat : le parc public accueille une part importante de personnes vulnérables — personnes âgées, isolées, familles avec enfants, malades, ménages à faibles revenus. Or certains logements présentent des risques particuliers : derniers étages, mono-orientation, absence de protections solaires, ventilation insuffisante. Le texte propose une stratégie régionale spécifique, une cartographie du risque de surchauffe, un protocole canicule pour les SLSP, des interventions ciblées (volets, stores, brise-soleil, brasseurs d’air), et l’intégration systématique de la résilience d’été dans les rénovations lourdes et les nouvelles constructions. Une ligne rouge : l’adaptation ne doit pas se traduire par une hausse des loyers ou des charges.
La proposition sur la rénovation énergétique du logement privé (Doc 630) applique la même philosophie aux propriétaires et locataires privés, sans créer de nouveaux dispositifs : elle propose d’intégrer progressivement le confort d’été dans les audits, la PEB, les aides et les guichets énergie — les outils qui existent déjà. Elle privilégie les solutions sobres (protections solaires extérieures, ventilation adaptée, traitement des combles, matériaux adaptés) plutôt qu’une généralisation de la climatisation, qui pèserait sur les factures et reproduirait les inégalités. Une attention particulière est demandée pour les propriétaires occupants modestes, les personnes âgées à faible revenu, les cas des copropriétés et des locataires privés.
La proposition sur les guichets énergie et le dispositif MEBAR (Doc 632) complète ce triptyque en visant spécifiquement les ménages à revenu modeste : elle propose d’intégrer la prévention des vagues de chaleur et le confort d’été dans les subventions et l’accompagnement dont ces ménages bénéficient. C’est le maillon qui traduit concrètement le principe : on ne peut pas laisser l’adaptation climatique devenir un privilège de ceux qui en ont les moyens.
Une démarche ouverte
Le Groupe PS ne présente pas ces textes comme des solutions à prendre ou à laisser. Ils peuvent être discutés, amendés, enrichis. Si certaines dispositions existent déjà, elles peuvent être consolidées. Si d’autres pistes sont pertinentes, elles peuvent être ajoutées. L’essentiel n’est pas la paternité des mesures : c’est qu’elles existent, et qu’elles produisent leurs effets avant la prochaine crise.
Le dérèglement climatique n’a pas de couleur politique. Les Hautes-Fagnes ont brûlé pour tout le monde. Il y a des sujets qui appellent la mobilisation de tous — majorité et opposition, pouvoirs publics et acteurs de terrain, scientifiques et citoyens. L’adaptation climatique est de ceux-là. C’est dans cet esprit que le Groupe PS aborde les travaux de cette semaine.
Contacts presse
Frédéric Masquelin — attaché de presse, groupe PS Parlement de Wallonie
Textes accessibles sur Nautilus (Parlement de Wallonie)
Doc 626 — Plan communal canicule (proposition de décret)
Doc 651 — Résilience climatique des parcs d’activités économiques (proposition de décret)
Doc 653 — Végétalisation des espaces urbanisés (proposition de décret)
Doc 652 — Plan Canicule pour le Groupe LeTEC
Doc 631 — Accès gratuit à l’eau potable dans les infr